Pompéi
Le dernier jour
Une ville qui répare encore ses murs.
Une montagne dont personne n'a peur.
Un enfant de Rome qui pose des questions.
Vous êtes là quand la montagne répond.
Dix minutes dans une maison, le 24 octobre 79
Pompéi est une expérience de réalité virtuelle de dix minutes. Vous n'y jouez aucun rôle et vous ne parlez pas : vous êtes là, dans la maison, témoin d'une journée qui commence comme les autres.
Valeria reçoit Quintus, son neveu, qui arrive de Rome et découvre tout. Pourquoi y a-t-il de grosses pierres au milieu des rues ? Pourquoi ce mur est-il fendu ? C'est quoi, ce serpent peint sous l'autel ? Elle répond, un peu moqueuse, en montrant sa ville : l'eau courante à chaque carrefour, le port d'où part le garum, les affiches électorales peintes sur la maison d'en face.
Puis l'eau du bassin se met à trembler, les oiseaux s'en vont tous ensemble, et Valeria dit à Quintus de regarder la montagne.
À partir de là, vous assistez à l'éruption : la colonne qui monte, les éclairs dedans, le vent qui couche le panache, la ponce qui commence à tomber sur les tuiles. Puis un épilogue, deux mille ans plus tard, au même endroit : le chantier de fouille.
Un fait que tout le monde connaît,
une lecture pour chaque âge
Tout le monde sait comment cela finit, et c'est ce qui rend l'expérience tenable : le visiteur en sait plus que les personnages, et cet écart fait tout le travail. La violence reste hors champ, la peur passe par une voix et par un ciel qui change.
L'expérience est conçue pour un public familial et scolaire, dès 12 ans.
Les pierres pour traverser sans se salir, la fontaine du carrefour, le serpent peint sous l'autel, le poisson qu'on fait fermenter au soleil et qu'on vend jusqu'en Espagne. Une ville romaine qui fonctionne, et où l'on vit.
L'eau qui frissonne, les oiseaux qui s'en vont ensemble, la montagne qu'on regarde enfin. Le moment où un adulte cesse d'avoir réponse à tout et le dit : « je ne sais pas, Quintus ».
Une protection promise qui ne protège rien, deux hommes partis porter secours qui ne rentrent pas, et le tiers de la ville qui dort encore sous les pieds des visiteurs d'aujourd'hui.
Aucun corps, aucune agonie, aucune image de mort. L'expérience s'arrête sur une prière ; c'est l'épilogue, parlé depuis le chantier de fouille, qui dit ce qui a suivi.

On retient mieux ce que l'on a ressenti
Chez A.G.I.R, nous ne croyons pas au commentaire qui explique par-dessus l'image. Ici, personne n'explique rien : un enfant pose les questions qu'un visiteur n'ose pas poser, et sa tante y répond comme on répond à son neveu.
Ce dispositif fait passer, sans jamais donner de leçon, ce qu'un panneau de musée peine à faire retenir. Que Pompéi avait l'eau courante. Que la ville était en chantier depuis le séisme de 62. Que le Vésuve passait pour une montagne à vignes, sans danger. Ce sont des faits, mais ils arrivent comme des conversations.
Et parce que la ville a d'abord été montrée paisible, la bascule n'a pas besoin d'effets. Elle tient dans une phrase de Valeria : « Cette montagne n'a jamais rien fait. Jamais. »
L'éruption, oui. Le spectacle, non.
Il n'y a jamais eu de coulée de lave sur Pompéi. Il est tombé du ciel des pierres ponces, puis de la cendre, pendant des heures. L'image populaire de la lave qui dévale est fausse pour cette éruption : nous l'avons écartée, et l'expérience corrige l'idée reçue sans avoir l'air d'expliquer, par une réplique de Valeria - « Ce n'est pas du feu qui coule. C'est le ciel qui retombe. »
Nous ne montrons pas non plus de corps, de moulage, ni d'agonie. L'expérience s'arrête sur une prière devant l'autel domestique. Ce qui a suivi, c'est l'épilogue qui le dit, depuis aujourd'hui.
Elle ne farde rien pour autant. Jusqu'au 29 août 2026, la fin était un départ vers le port : tout le monde s'en sortait. Nous l'avons changée pour la vérité de la fouille - une part importante des victimes a été retrouvée à l'intérieur des maisons, pas sur les routes. Quintus porte l'autre issue à voix haute, « les voisins descendent au port », et beaucoup s'en sont effectivement sortis par là. Le public entend donc les deux, et c'est le choix de Valeria qui décide, pas une fatalité.
On assiste à l'éruption.
On n'en fait pas un spectacle.

Valeria, et le neveu venu de Rome
Ils sont deux dans la maison, et vous êtes le troisième. Valeria fait les honneurs, Quintus s'étonne de tout ; vous ne parlez pas, et personne ne vous demande rien. C'est cette place-là qui rend la journée regardable : vous n'avez rien à décider, rien à réussir, juste à être là.
Elle porte tout ce que le récit doit faire comprendre sans jamais en avoir l'air. La terre a tremblé il y a des années, on répare encore. Son mari fait l'offrande au laraire tous les matins, il l'a faite ce matin-là aussi. Vénus veille sur la ville, et il ne nous arrive jamais rien.
Puis elle a peur pour la première fois, et elle décide de rester. Dans l'épilogue, elle ne joue plus la scène : elle s'adresse aux vivants, à vous qui avez déterré sa maison et qui avez sa lampe sous les yeux.
Rien n'est inventé sur les murs,
tout est relevé
Aucune fresque n'est inventée. Ce qui est peint sur nos murs a été relevé sur place au XIXe siècle, par des dessinateurs qui avaient les décors sous les yeux : Zahn, Mazois, Niccolini, Bazzani. Le rouge de Pompéi n'est pas une idée de décorateur, c'est un relevé.
La même exigence vaut pour les matières. Une tuile d'aujourd'hui posée sur un toit de l'an 79, un conservateur la verrait. Alors le motif, la teinte et l'appareillage des murs, des sols et des toits sont dessinés d'après ces mêmes planches, un par un.
Et nous ne reconstruisons pas la ville entière. Le soin va là où le regard se pose et où la main pourrait toucher ; au-delà viennent les toits, puis le ciel. On masque plutôt qu'on construit - un pilier, une treille, un cyprès, un auvent - et ce qui n'est pas nommé dans le texte n'est pas fabriqué.



Le rouge pompéien, l'ocre des murs, la terre cuite des toits.
La ponce et la cendre : tout se décolore, rien ne brûle.
Le plâtre, la poussière claire, la lumière d'aujourd'hui.
Ce que l'image tait, le son le raconte
Une tante et son neveu, et une conversation qui ne vous inclut jamais. C'est ce qui la rend vraie : on n'explique rien à personne, on répond à un enfant qui demande. Vous n'êtes pas le destinataire du récit, vous êtes dans la pièce.
Cinquante-sept répliques, mais près de six minutes sans une parole. Ce n'est pas un manque, c'est la structure : en réalité virtuelle, on regarde d'abord et on écoute ensuite. Les séquences les plus silencieuses sont celles où l'on se retourne vers la montagne.
Le son porte ce que l'image ne dit pas : la fontaine qui se tarit, les oiseaux qui partent d'un coup, la ponce sur les tuiles, les cris lointains dans la rue. La bascule s'entend avant de se voir.
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